Rosemonde Gérard
Voici dans son intégralité le poème de Rosemonde Gérard
Lorsque tu seras vieux et que je serai veille,
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs,
Au mois de Mai, dans le jardin ui sensoleille,
Nous irons réchauffer nos vieux membres tremblants,
Comme le renouveau mettra nos curs en fête,
Nous nous croirons encor de jeunes amoureux,
Et je te sourirai, tout en branlant la tête,
Et nous ferons un couple adorable de vieux ;
Nous nous regarderons, assis sous notre treille,
Avec de petits yeux attendris et brillants,
Lorsque tu seras vieux et que je serai veille,
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs.
Sur le banc familier, tout verdâtre de mousse,
Sur le banc dautrefois, nous reviendrons causer,
Nous aurons une joie attendrie et très douce,
La phrase finissant souvent par un baiser ;
Combien de fois, jadis, jai pu dire : »je taime ! »
Alors, avec grand soin, nous le recompterons,
Nous nous ressouviendrons de mille choses, même
De petits rien exquis dont nous radoterons ;
Un rayon descendra, dune caresse douce,
Parmi nos cheveux blancs, tout rose, se poser,
Quand, sur notre vieux banc tout verdâtre de mousse,
Sur le banc dautrefois, nous reviendrons causer.
Et , comme chaque jour je taime davantage,
-Aujourdhui plus quhier et moins que demain-
Quimporteront alors les rides du visage,
Si les mêmes rosiers parfument le chemin.
Songe à tous les printemps qui, dans nos curs, sentassent
Mes souvenirs à moi seront aussi les tiens ;
Ces communs souvenirs toujours plus nous enlacent
Et sans cesse entre nous tissent dautres liens ;
Cest vrai, nous serons vieux, très vieux, faiblis par lâge, Mais plus fort chaque jour je serrerai ta main,
Car vois-tu, chaque jour, je taime davantage
Aujourdhui PLUS QUHIER et bien MOIS QUE DEMAIN.
Lorsque tu seras vieux et que je serai veille,
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs,
Au mois de Mai, dans le jardin qui sensoleille,
Nous irons réchauffer nos vieux membres tremblants ;
Comme le renouveau mettra nos curs en fête,
Nous nous croirons encore aux heureux jours dantan,
Et je te sourirai, tout en branlant la tête, Et tu me parleras damour en chevrotant ;
Nous nous regarderons, assis sous notre treille,
Avec des yeux remplis des pleurs de nos vingt ans .
Lorsque tu seras vieux et que je serai veille,
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs !